Quinquennat REWMI France: Quel Bilan ?

« Demain Rewmi » se lance dans un exercice plutôt journalistique et intellectuel mais nullement politicien, pour combler un vide : Tenter de faire le bilan du quinquennat du bureau exécutif de Rewmi France, élu démocratiquement depuis le 31/10/2015, sous la présidence de Déthié Fall (Vice-président du parti) et sous la supervision de Yabkhoba Diattara (chargé de la vie politique) et de Pape Bassirou Diop (chargé de la diaspora). C’est bien connu, la vraie information s’intéresse aux trains qui arrivent en retard. L’objectif, le seul, c’est de susciter le débat, un dialogue constructif. Pour plus de transparence et d’objectivité, il a été procédé à un large tour d’horizon parmi les militants pour recueillir suggestions et critiques. Un bilan recouvre toujours actif et passif, aux intéressés d’en tirer les conclusions.

L’élection du bureau en 2015 a constitué une véritable avancée démocratique. Une première dans la vie de Rewmi France, saluée par nombre d’observateurs dans la presse. Un bureau provisoire installé auparavant, avait suscité quelques controverses, arguant d’usurpation de postes octroyés à la faveur d’une certaine proximité avec le Président Idrissa Seck. Ce Bureau provisoire avait cependant eu le mérite de contribuer à une renaissance du parti Rewmi en France. Mérite renforcé par l’organisation laborieuse de l’élection de ses représentants, ce qui leur a consacré une légitimité certaine. Même si certains observateurs, parmi mes interlocuteurs, ont décrié des tendances communautaristes dans les votes. Mais comment éviter de telles dérives si en amont la cartographie de l’électorat rewmiste est composée d’une juxtaposition de communautés ethniques sans réel ancrage dans un idéal démocratique. Un travail de réflexions et de sensibilisation devrait se faire en profondeur pour éviter de miner la démocratie interne de la fédération de Rewmi France.

A l’actif du bureau, il y a lieu de noter de louables efforts de massification en initiant et multipliant la création de sections en Ile de France comme en Province. Mais par contre, l’absence de coordination pour associer réellement ces sections nouvellement créées aux activités centralisées du parti a été déplorée. S’il faut saluer que le bureau ait eu maintes fois l’occasion d’accueillir et de recevoir les grands responsables de Dakar, ces réunions ont été organisées dans un cadre restreint et sans large ouverture en dehors de l’espace parisien. D’où un sentiment assez partagé qui laisse croire que le bureau n’a de sens fédératif que le parisianisme. Sentiment qui relève plus d’une perception que d’un choix délibéré conçu et voulu. On peut témoigner d’avoir assisté à des réunions où étaient présents des représentants de province. Cette perception découle de la place prépondérante de la section de Clamart qui a toujours mis ses locaux à la disposition de la fédération, pour abriter ses réunions, rencontres et meetings. Cela pose par ailleurs la problématique de l’inexistence de siège pour le parti. Clamart est à saluer pour son dynamisme et sa disponibilité à répondre à toutes les sollicitations. Mais Clamart est-il le siège de la fédération ? Un peu plus de décentralisation des activités aurait permis de dissiper cette perception de « tout à Paris ».

Autre fait notoire et encourageant a été le rôle mobilisateur joué par le mouvement des femmes de Rewmi France. A chaque rencontre, elles ont été  d’un apport organisationnel et d’un soutien matériel non négligeables pour éviter parfois le dérisoire. La défection malheureuse de Polel Ndiaye (Ex-responsable des femmes élue) allée honteusement à la soupe APR, a été effacée par la grande bonne volonté participative des femmes. Un bémol toutefois, constitué par le manque de structuration de leur mouvement et l’absence de poids dans la prise de décision au sein du bureau exécutif. A contrario, si le chapeau est tiré pour les femmes, pour autant il faut déplorer l’inertie ou l’inexistence d’un réel mouvement des jeunes. C’est une faiblesse ressentie dans les mobilisations de terrain. Le dynamisme d’un parti se mesure par l’activisme et la détermination de ses jeunes. Il a manqué une réelle réflexion et un véritable plan d’action en direction des jeunes surtout envers les étudiants qui se sont tournés en masse vers les partis concurrents. Ne parlons pas de la part incongrue faite aux anciens qui sont le plus souvent en retrait, victimes de suspicions et parfois d’ostracisme injustifié. Faut-il rappeler que les femmes, les jeunes et les anciens figurent en bonne place dans les structures du parti telles que prévues dans les statuts. Ce sont là les conséquences de la non- prise en compte des conclusions des travaux sur la réforme du parti (2017). Une négligence coupable !

Une grande satisfaction est à souligner pour un fait tangible et distinctif, c’est la liberté d’expression qui est une réalité aussi bien dans les prises de paroles que dans les contributions écrites. Les réunions et les panels digitaux sont là pour en témoigner. Cependant, cette liberté a produit une communication multiforme et multidirectionnelle. Portée officiellement par un seul canal (Porte- parole) qui a le mérite d’assurer la visibilité du parti dans les médias puis entre le bureau et les militants, elle suit parfois d’autres canaux officieux en direction des responsables de Dakar. Bien des nouvelles inconnues à Paris, se découvrent à Dakar. Des dissonances sur des prises de position ou des décisions, créent d’énormes malentendus qui ont été souvent préjudiciables à l’image du parti. La désignation des responsables de la CCF (collecte des fonds), de même que l’impossibilité de la structuration de la CECAR en France, ont suscité des incompréhensions qui ont brouillé l’image de la fédération vue de Dakar et lui ont collé la réputation de foyer de tiraillements et de luttes de positionnement. La mauvaise gestion des informations, par rétention ou par mutisme, découle certainement des clivages entre militants entretenus ou pas par le bureau. La vague de défections des militants d’AGIR issus de nos rangs, une crise gérée dans la non-transparence, a laissé libre cours à des commentaires qui ont fait corps à ces clivages. Manifestement le bureau n’a pas mis en place une commission ou cellule de gestion de crise. En outre, on ne comprend toujours pas pourquoi l’équipe digitale n’a pas été formalisée dans une structure chargée de gérer la communication digitale, avec en prime une plateforme digitale répondant aux normes professionnelles dans un souci d’efficacité. La nature ayant horreur du vide, des amateurs ont occupé la place pour faire du propagandisme béat très préjudiciable quant à l’image donnée à l’extérieur.

 Autre grief souligné par mes interlocuteurs, est le manque de délégation de pouvoir, avec comme corollaire la non-collaboration avec les compétences existant dans le parti dans divers domaines. L’inexistence de la CECAR en tant que structure autonome contributive en témoigne. La réussite de la conférence donnée par Abdourahmane Diouf (ancien coordonnateur de la CECAR) à Paris et dont l’objectif était le lancement de ce mouvement des cadres en France, est restée sans suite. Est-ce à dire que toute initiative à prendre doive provenir des directives de Dakar et d’en haut lieu ? C’est cette impression d’attentisme qui prévaut très largement parmi mes interlocuteurs pour qualifier la gestion politique du bureau.

Le point le plus sensible et plus souvent soulevé en des observations critiques, est la gestion des finances du parti. Plus exactement l’opacité de cette gestion. Allégations ou dénégations surprenantes, parce qu’il est de notoriété publique que le parti était dans une disette récurrente et que des plaidoyers ont été formulés au niveau de Dakar pour solliciter de l’assistance financière afin de faire face aux frais de campagne des dernières législatives, sans succès. Et on sait l’effort des membres du bureau, des militants et notamment des femmes, à mettre la main à la poche pour assurer le nécessaire dans l’organisation des activités. On sait également toute la transparence dont a fait œuvre la CCF pour gérer la collecte des fonds. Même si, par sa modicité, ce fut loin d’être une réussite. La vente des cartes n’a pas connu non plus l’efficience escomptée. Là réside peut-être le loup parce que traduisant une gestion floue. Existe-t-il une comptabilité pour éclairer les militants ? La question reste posée.

Au passif de l’équipe dirigeante, les mauvais résultats des trois élections (Référendum, législatives, et Présidentielles) qui ont traversé le quinquennat. S’il y a lieu de relativiser ces contre-performances qui ne peuvent leur être directement imputable, compte tenu de la faiblesse de leurs moyens de campagne et de l’impact des réalités nationales défavorables sur celles de la diaspora. Néanmoins ils sont toutefois comptables des résultats positifs ou négatifs des élections durant leur magistère. Notamment les résultats parisiens des présidentielles (Macky49%, Sonko 40%, Idy 10%) sont d’autant plus catastrophiques qu’ils ne reflètent pas les résultats nationaux et qu’ils dénotent un net affaissement par rapport au concurrent rival (Pastef) nouvellement implanté sur nos platebandes. L’absence de meeting du candidat Idrissa Seck à Paris n’a certes pas été un point positif mais les responsables de la coalition IDY2019 n’ont pas non plus pesé de tout leur poids pour ce faire. Cependant et encore une fois l’insuffisance des moyens financiers de campagne a été déterminante voire décisive dans le rapport de force sur le terrain. A la défaveur hélas de Rewmi France. Le trou béant des finances du parti constitue le goulot d’étranglement de son fonctionnement, auquel il faut impérativement apporter des remèdes. Des Solutions existent et le bureau fédéral est redevable de cette incapacité à les mettre en œuvre.

A la lumière de cette analyse, non exhaustive et non dénudée de subjectivité, mais reflétant les avis des militants consultés, il me paraît raisonnable de qualifier le bilan de mitigé et de le noter : « peut mieux faire ». Il appartient au prochain bureau de relever ce défi de faire mieux. Les décisions prises lors du séminaire de Thiès pour la restructuration du parti, les obligent à entreprendre la refondation de Rewmi France. Une nécessité absolue ! Le débat est ouvert, sans polémiques stériles et sans invectives dégradantes, mais pour construire l’avenir ensemble. 2024 c’est «Demain Rewmi » !

CBAN militant Rewmi France.

1 thought on “Quinquennat REWMI France: Quel Bilan ?

  1. Mon cher,
    Il y a des textes dont on a souvent envie d’être l’auteur, ou à vouloir revendiquer la paternité. Et ta tentative non exhaustive, du bilan du quinquennat de bureau sortant de la Fédération de Rewmi France, en est un exemple. Je reste persuadé que tu comprends ce que je veux dire.
    Ainsi, par une analyse juste et pondérée surtout avec une certaine finesse dans la profondeur, sans chercher à accuser quiconque, tu as tenté de faire un état des lieux, de l’activité politique, sociale, ou financière des cinq dernières années de Rewmi France.
    Toutefois, selon moi, loin d’être une critique dans mon entendement, à travers ta plume j’ai ressenti beaucoup de retenues. Attitude, à mettre sous le compte d’une certaine sagesse diplomatique dans l’écriture, ou dans l’expression d’un verbe.
    En tout cas, merci et bravo.

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